
A l’appel de la table de concertation populaire, plus d’une dizaine de manifestants et manifestantes dénoncent un « complot » visant à donner décharge à d’anciens fonctionnaires de l’Etat, en dehors de la loi.
« Nous sommes là pour demander à la Cour supérieure des comptes de ne pas donner de documents aux fonctionnaires qui ont participé dans le gaspillage du trésor public », indique le coordonnateur du Mouvement national de l’opposition populaire (Monop), André Fadot, lors d’un sit-in organisé, le vendredi 17 avril 2015, devant les locaux, à Port-au-Prince, de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Csc/ca).
Les manifestants pointent du doigt le président Joseph Michel Martelly, dans l’éventuelle tentative de donner, prochainement, des documents de décharge à ces fonctionnaires de l’Etat, pour leur frayer une voie vers les élections.
La lumière doit être faite sur la gestion des deniers publics par les fonctionnaires de l’Etat, qui ambitionnent d’aller aux élections avant toute livraison de papiers, exige le Monop.
Environ une quarantaine de dossiers d’anciens ministres, à des fins de décharge, ont été reçus a la Csc/Ca.
Au sit-in du 17 avril 2015, des propos hostiles ont été scandés à l’endroit des anciens dirigeants de l’Etat, comme Jean Max Bellerive, René Garcia Préval, Laurent Salvador Lamothe.
« Cet argent de la drogue ne financera pas les élections », mettent en garde des manifestants, comme pour faire allusion à la saisie de 77 kg de cocaïne et 10 kg d’héroïne à bord du navire « MV Manzanares », qui transportait un chargement de sucre en provenance de la Colombie.
Cette saisie a été effectuée, le mardi 14 avril 2015, dans un port local du Wharf Jérémie, situé dans la commune de Cité Soleil (au nord de la capitale) par la Brigade de lutte contre le trafic des stupéfiants (Blts) avec la « Drug enforcement agency » (Dea) des États-Unis d’Amérique et la Police des Nations Unies (Unpol).
Sa valeur de revente serait estimée à environ 10 millions de dollars américains (Us $ 1.00 = 48.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui).
Cette opération policière contre les narcotrafiquants survient dans un contexte, où se posent le problème du financement des élections haïtiennes et, par ricochet, la question du financement des partis politiques et de leurs candidates et candidats aux scrutins à venir.
En 2015, des interrogations et suspicions sont émises sur l’origine des futurs financements des candidates et candidats aux prochaines élections.
Un article de Leslie Péan, titré Des élections à saveur de cocaïne avait déjà rappelé les craintes, exprimées par les Etats-Unis d’Amérique, face au risque que la campagne pour les élections de 2010 soit « peut être contaminée par le financement provenant d’activités illégales, y compris le trafic de drogue qui continue d’être un facteur de déstabilisation en Haïti ».
« Nous ne croyons pas aux prochaines élections. La réunion, organisée par le Conseil électoral, en vue d’une réduction des partis politiques, constitue un signal sur l’impossibilité d’organiser les élections. Ces partis auraient dû reprendre le béton », suggère le Monop.
Le vendredi 13 avril 2015, une rencontre a eu lieu entre le gouvernement et les partis politiques agréés, dans la perspective de réduire le nombre d’entités politiques habilitées à participer aux prochaines élections et d’éviter toutes confusions susceptibles d’entraver le choix des électrices et électeurs.
Tout en critiquant certains des anciens militants du mouvement d’opposition – qui se sont embarqués dans le processus d’élections à venir -, la table de concertation populaire entend poursuivre la lutte contre la misère, la corruption, le chômage et l’insécurité, annonce Fadot.
Elle appelle la justice à prendre des sanctions contre Martelly, Lamothe et le nouveau premier ministre Evans Paul, qui seraient responsables, entre autres, à ses yeux, de la liquidation du fonds PetroCaribe.
De graves anomalies ont été enregistrées dans l’utilisation, par le gouvernement haïtien, des fonds du programme PetroCaribe, qui permet à Haïti d’avoir du pétrole à bon marché et à des taux préférentiels.
Le gaspillage de plus d’un milliard de dollars américains, par l’actuelle administration politique – dans son utilisation scandaleuse des fonds PetroCaribe – aurait contribué à l’augmentation de la dette du pays, ont dénoncé plusieurs secteurs, notamment de l’opposition à Martelly.